Ce fut un pari fou d'imaginer l'accordéon, ce "piano à bretelles", trouver sa place dans tous les styles, tous les lieux, toutes les esthétiques musicales. C'est pourtant le pari qu'ont su relever ces générations d'instrumentistes dont nous sommes les héritiers, de Tony Murena à Marcel Azzola en passant par celui qui, à lui seul, brille dans tous les répertoires : Richard Galliano. Le programme de concert présenté ici retrace l'histoire du "piano du pauvre", rappelle la perméabilité constante entre musique savante et musique populaire et met en lumière le métissage culturel du siècle dernier, fruit de tant d'innovations.

 

Quatuor Hermès

Omer Bouchez, violon

Elise Liu, violon

Yung-Hsin Chang, alto

Anthony Kondo, violoncelle

Depuis leur formation en 2008, le talent des membres du quatuor Hermès a été salué par le public et la presse du monde entier. Le Washington Post loue « leur forte personnalité, la beauté de leur son et leur grande précision, projetées avec flair et imagination » tandis que le New York Times parle d’une « captivante combinaison de détermination et de profondeur ».

Leur déjà florissante carrière comprend des tournées aux quatre coins de l’Europe, en Asie (Chine, Japon, Taiwan), aux Etats-Unis (Kennedy Center de Washington, Carnegies's Zankel Hall à New York) et en Amérique du Sud, ainsi qu’au Maroc, en Egypte ou aux Emirats Arabes Unis. Ils sont fréquemment invités dans de grands festivals français et étrangers comme les Flâneries Musicales de Reims, le festival Radio

Le Pari des Bretelles

accordéon et quintette à cordes

avec le Quatuor Hermès et Edouard Macarez (contrebasse)

Découvrir "le Pari des Bretelles"

Intrinsèquement lié à l'histoire du "piano à bretelles", le musette est aujourd'hui menacé de tomber dans l'oubli. Plus qu’une simple mode dépassée, cette musique est un pan du patrimoine musical français du siècle dernier, révélatrice de l'esprit parisien des Années folles et de ce brassage culturel inédit. Si c'est une fierté que l'accordéon soit aujourd'hui, partout dans le monde, un des symboles de la France et de Paris, il est bon de rappeler que celui-ci est avant tout un vagabond. Inspiré du Cheng chinois, inventé en Autriche, fabriqué pour la première fois en Italie, transformé en Russie, il a fait danser l'humanité toute entière, en voyageur infatigable, sur tous les continents, du Kazatchok au Musette, du Foro au Paso-doble.

Le "piano à bretelles" fait ici le pari de mêler son souffle aux cordes frottées de cinq musiciens fabuleux pour se dévoiler, encore une fois, là où personne ne l'attend.

CRÉATION "SUITE MUSETTE"

Ecrite pour accordéon et quintette à cordes, "Suite Musette" de Thibault Perrine est une oeuvre commandée et créée spécifiquement pour ce programme. Construite sur le modèle d'une suite de danses baroques, cette pièce d'une vingtaine de minutes s'inspire de thèmes issus du répertoire musette. Elle se compose de cinq mouvements, chacun dédié à un style de danse caractéristique : paso doble, valse, tango, cha-cha-cha, fox-trot, polka.

A la manière de Bartók et ses danses roumaines, Brahms et ses danses hongroises ou Piazzolla et son Nuevo Tango, Thibault Perrine retravaille, modernise, réarrange ici des mélodies célèbres et reconnaissables. Bien que fidèle au modèle tonal, il s’en affranchit par moment et travaille sur tous les aspects de l'écriture musicale, qu'ils soient rythmiques, harmoniques, contrapuntiques.

Le quatuor Hermès a reçu de nombreux prix prestigieux : « Révélation Musicale de l ‘Année » du Prix de la Critique 2014-15, le « Nordmetall Ensemble Preis 2013 » du festival Mecklenburg-Vorpommern, 1er Prix du Concours International de Genève 2011, 1er Prix au concours FNAPEC 2010, 1er Prix du Concours International de Musique de Chambre de Lyon 2009 et 1er Prix aux YCA International Auditions à New York. Artistes en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth de Bruxelles de 2012 à 2016, ils sont soutenus depuis 2015 par la fondation d’entreprise Banque Populaire.

 

Le dernier disque du Quatuor Hermès, les trois quatuors op.41 de Robert Schumann, paru chez La Dolce Volta, a reçu d’élogieuses critiques et récompenses dont un Choc de l’Année 2015 du magazine Classica et a été recommandé par The Strad Magazine et Télérama.Un nouvel enregistrement sur le même label et consacré aux quatuors de Debussy, Ravel et Dutilleux sortira courant 2017.

 

Omer Bouchez joue actuellement sur un Joseph Gagliano de 1796 prêté par le Mécénat Musical Société Générale tandis qu'Elise Liu joue sur un David Tecchler de 1721 prêté par le Fonds Instrumental Français.

Thibault Perrine

compositeur et arrangeur

 

Violoniste de formation, Thibault Perrine a étudié l’harmonie avec Jean-Claude Raynaud, l’écriture avec Thierry Escaich, l’orchestration avec Jean-François Zygel, la direction d’orchestre avec Nicolas Brochot et la direction de chœur avec Catherine Simonpietri.


Depuis quinze ans, il a réalisé les arrangements musicaux de nombreux spectacles lyriques, notamment pour la compagnie Les Brigands (du Docteur Ox et de Ta Bouche à La Grande Duchesse et aux Chevaliers de la Table Ronde), le Théâtre du Châtelet (le Chanteur de Mexico) ou plus récemment pour l’Académie de l’Opéra de Paris (Iphigénie en Tauride, Les Temps aventureux).


Des orchestrations ou arrangements lui ont été commandés pour divers concerts ou enregistrements (avec Marie-Nicole Lemieux, Nathalie Dessay, Gaëlle Arquez, Anne Gastinel, Accentus, le Philharmonia Orchestra, l’Orchestre National de France, l’Orchestre de
Chambre de Paris, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine…), évènements (Concert de Paris en 2014), films documentaires (Ils ont libéré Paris en 2014 ; Verdun : ils ne passeront pas en 2016 ; Dans la tête des SS en 2018)…


En 2017, il compose pour le projet de concerts Le Pari des Bretelles sa Suite Musette, sextuor en cinq mouvements construit à partir de « tubes » du répertoire musette réutilisés comme matériau de base d’une œuvre nouvelle ; cette pièce est créée au festival Classique au Vert puis à la Seine Musicale par l’accordéoniste Félicien Brut, le Quatuor Hermès et le contrebassiste Edouard Macarez.


Soucieux de pédagogie, il collabore régulièrement avec Jean-François Zygel dans le cadre de son émission Les Clefs de l’orchestre. Il enseigne l’écriture au conservatoire à rayonnement régional de Paris et l’arrangement au pôle supérieur d’enseignement artistique Paris Boulogne-Billancourt.

Édouard Macarez

Contrebasse

 

Édouard Macarez commence la contrebasse à l'age de 10 ans auprès de Jean Loup Dehant, professeur au Conservatoire de Douai, avant d'intégrer en 2006 le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de Thierry Barbé. Il obtient, en 2009, un premier prix à l'unanimité avec les félicitations du jury. En 2011, Édouard décide de se perfectionner en Allemagne auprès de Niek de Groet, ancien soliste de l'Orchestre Royal du Concergebouw Amsterdam. 

Édouard Macarez est lauréat de plusieurs concours nationaux et internationaux : 1er prix trois années consécutives aux Concours organisés par l'Association des Contrebassistes de France en 2003, 2004, 2005, à Paris, Lyon et Béziers ; 1er prix au Concours de cordes d’Épernay en 2006 ; 1er prix au Concours "International Paris Bass 2008" et 1er prix en 2009 au Concours "Scottish International Compétition" à Glasgow.

Édouard Macarez s'est produit de nombreuses fois en récital notamment à Paris (salle de la Galerie Dorée de la banque de France), au grand auditorium du Royal College de Glasgow, à Berlin dans l'auditorium de la Horshcule lors de la manifestation Berlin Bass 2010, à Dusseldorf, Essen... Avec orchestre il s'est produit en soliste avec l'Orchestre Symphonique du Royal College de Glasgow ainsi qu'avec le Baltic Chamber Orchestra.

Passionné par le métier d'orchestre Édouard Macarez est rentré à 19 ans à l'Orchestre National de Lille avant de décrocher, trois ans plus tard, un poste de soliste à l'Orchestre Philharmonique de Radio France.

Courte histoire du Musette . . .

 

Il est difficile de dater avec précision l’apparition du « musette » dans l’univers musical français. On estime que sa naissance coïncide avec la fin de la première guerre mondiale et le début des Années folles. Le Musette va donc fêter prochainement son centenaire d’existence ; une occasion pour remettre ce style, si caractéristique de la France et de l’esprit français du début du XXe siècle, au centre d’un projet de création.

Le Musette a beaucoup souffert durant la deuxième moitié du XXe siècle... Il n’a pas toujours été servi par les interprètes qu’il aurait mérités et a souvent été synonyme de musique facile, ringarde et poussiéreuse. Pour lui rendre ses lettres de noblesse, il faut remonter à ses origines.

Le Musette est peut-être le premier style musical multiculturel, né de rencontres internationales sans précédent. En effet, au début du siècle, la France et en particulier Paris connaissent une importante vague d’immigration. Italiens, Espagnols, Portugais, Européens de l’Est, Sud-Américains arrivent en nombre pour s’installer dans la capitale. Au même moment, la France vit un exode rural particulièrement important. Les habitants des provinces quittent leurs campagnes et convergent, eux-aussi, en nombre, vers la capitale. Les Auvergnats sont parmi les plus nombreux à s’installer à Paris. Ils emportent avec eux leur instrument fétiche : la musette. Cette sorte de petite cornemuse, dont la poche d’air est gonflée à l’aide d’un soufflet, existe depuis le Moyen Âge et a même donné son nom à une danse baroque.

Ces nouveaux parisiens vont, pour la plupart, travailler dans le secteur industriel en pleine expansion. Le week-end venu, ils cherchent à se divertir et à retrouver un peu de leur verdure. Ils se donnent rendez-vous sur les bords de Marne, en périphérie de la capitale. C’est ici, dans ce qui deviendra les guinguettes, que vont s’improviser des bals populaires avec, au départ, pour instrument roi la fameuse musette auvergnate.

Les italiens, très présents, ont dans leurs bagages cet instrument jeune et encore méconnu : l’accordéon. Très vite, ce dernier va remplacer la musette et provoquera, d’ailleurs, quelques échauffourées avec les auvergnats connus pour être un peu chauvins.

Les amateurs de ces bals du week-end venant de tous les horizons vont faire de la musique ensemble, de la musique à danser. Chacun apportant sa pierre à l’édifice, le style musette va naître d’un métissage sans précédent. Les espagnols font découvrir le paso doble, les polonais la mazurka, les sud-américains le cha-cha et la rumba, les argentins le tango, etc. Tous les styles de danse, encore aujourd’hui caractéristiques du Musette, sont nés de ces échanges entre musiciens venus des quatre coins de la planète. Très vite la valse musette s’enracine et devient la reine de ce répertoire métissé. L’accordéon a supplanté la musette en devenant l’instrument central des formations existantes mais les auvergnats sont consolés puisque leur instrument laissera finalement son nom à ce style aujourd’hui centenaire : le Musette.

Le Pari des Bretelles à la "Zygel Académie" - France 2 - Décembre 17

© Vanessa Deflache

© Mathilde Assier

© Willy Ronis

AU PROGRAMME

Vesoul de Jacques Brel (arr. Thibault Perrine) - 3'

La Petite Suite Française de Richard Galliano - 12'

Un Américain à Paris de George Gershwin  - 10'

Ouverture sur des thèmes juifs de Prokofiev - 10'

Michelangelo 70 et Milonga del Angel d’Astor Piazzolla - 8'

Medley de Valses de Paris (solo accordéon) - 5’

Suite Musette de Thibault Perrine - 20’

L'accordéon a, des années durant, souffert d'une forme de mépris. Quelle satisfaction de mesurer aujourd’hui l’enthousiasme qu’il peut susciter. Son entrée dans les conservatoires, son utilisation en jazz, son succès en musique classique et son intégration dans de nombreuses créations contemporaines sont autant de preuves de ses capacités multiples. Forts de cette formidable ouverture, certains voudraient à présent oublier ses racines populaires, comme si celles-ci étaient devenues un frein à son évolution. Je crois, au contraire, qu'il est essentiel de les affirmer.

L'accordéon est populaire. Il a grandi dans les faubourgs et a souvent trouvé une place dans les instants festifs de la vie de chacun. C'est une chance. L'histoire de la musique nous enseigne la source d'inspiration inépuisable qu'a constituée la musique populaire pour la musique savante. Bartók, Grieg, Dvorak, De Falla et bien d'autres ont démontré tout leur génie en se réappropriant et en transcendant les éléments de leurs cultures populaires respectives. Thibault Perrine a, depuis longtemps, mis ses pas dans ceux de ces grands noms. Lui le musicien et compositeur classique passionné de chansons françaises du siècle dernier, moi l'enfant des bals populaires qui a toujours cherché à explorer l'univers de la musique classique, nous avons à coeur de mener à bien ce projet et, en particulier, de faire redécouvrir un style bientôt centenaire : le musette

France/ Montpellier, le festival du Périgord Noir, le festival de Colmar, le festival de L’Orangerie de Sceaux, le festival de Pâques de Deauville ; au Cheltenham Music Festival, Mecklenburg-Vorpommern Festival, Krzyzowa Music Festival, Mantova Chamber Music Festival, etc.

Leur parcours est jalonné de rencontres déterminantes : les quatuors Ravel, Ysaÿe, et Artemis avec lesquels les quatre musiciens se sont formé et ont développé une pensée musicale commune ; puis des personnalités marquantes comme Eberhard Feltz à Berlin, et plus tard Alfred Brendel, immense inspiration avec lequel ils travaillent régulièrement aujourd’hui.

© 2018 BY LUDE & INTERLUDE - PHOTOS : MANUEL BRAUN / MATHIAS NICOLAS / XAVIER PERCHAUD / MAXIME DOLLO

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